Recours à la nuit

 

Entrer dans la nuit sans jouer à l’explorateur. Sans installer son campement. Et si matériel il y a, il faudra le garder sur soi. Ne rien aménager du tout. S’arranger de ce qui est là. Un petit tas de feuilles, un arbre, un rocher. Avoir à l’esprit de se faire tout petit. À l’intérieur de soi chasser ce qui encombre. Liquider le maximum d’images. Débarrasser au moins un petit coin. Tenter de sonner creux. Il faut du vide pour que s’aimante la nuit. Et même en sachant s’effacer, même en la laissant approcher, la nuit ne nous sera pas donnée. Car la nuit n’est pas à obtenir. C’est un pays qui gagne à rester largement étranger.

Dans Recours à la nuit il s'agit de déplier l'espace nocturne d'une manière polyphonique. Une alternance de textes explorent le thème de la nuit à partir de la convocation d'œuvres multiples, littéraires et artistiques, ainsi que de textes relevant d'une expérimentation sensible (marches nocturnes, souvenirs, rêves). Il s'appuie également sur des rencontres et des témoignages. Le livre déploie ainsi une réflexion qui est à la fois poétique, géographique et politique. Car faire l'expérience de la nuit, c'est non seulement se décentrer, mais c'est aussi se déprendre d'une certaine idée du confort, pour trouver dans le "moindre" quelque chose de puissant, pour tenter de se rapprocher d'une démesure du monde.

Éditions Nous, janvier 2026.